Pourquoi est-il aussi difficile de parler (et d’entendre parler) d’écologie ? Entre les messages alarmistes d’apocalypse et les solutions techniques facile, pourquoi les écolos soufflent-ils sans cesse le chaud et le froid ?

Les 3 messages de l’écologie

Le message écologique est parfois difficile, voir stressant ou culpabilisant. Parfois les messages écologiques nous semble même contradictoire entre eux. Contradictoires avec notre mode de vie, avec la présence de l’homme sur Terre. En fait, les messages écologiques ne se décompose d’un, mais de 3 messages différents et complémentaires :
- Premièrement une mauvaise nouvelle : nous sommes tous (tous les habitant de cette planète, présents et à venir) embarqués sur un seul et même bateau. Devant nous il y a un iceberg, un très gros et "fatal" iceberg (épuisement des ressources naturelles, changement climatique, pollution, etc ...).
- Deuxièmement une bonne nouvelle : il n’est pas encore trop tard, nous pouvons encore changer de cap et éviter la catastrophe (changer de comportement, de mode de production, de mode de consommation, etc ...)
- Troisièmement une nouvelle sévère : il va nous falloir faire de très gros efforts pour changer le cap du navire, il ne s’agit pas d’un bouton à appuyer, mais plutôt de rames à sortir. Il va falloir souquer ferme moussaillon !

Ce sont ces 3 messages qui ressortent de chacune des interventions des écologistes et autres défenseurs de l’environnement. Parfois une intervention est plus basée sur l’un ou l’autre de ces points :
- une intervention très "alarmiste" insistera plus sur le point 1 (l’iceberg) voir parfois du point 3 (les rames)
- une intervention plutôt positive et optimiste insistera plus sur le point 2 (nous pouvons l’éviter), et peut être un peut sur le point 3 (les rames).

Il nous faut donc garder l’œil et l’oreille attentive pour garder une vision complète du problème (points 1, 2 et 3), sans tomber dans une dépression réductrice (l’iceberg), ni une vision trop optimiste (changer de cap facilement). Nous pouvons changer les choses, mais il nous faut nous retrousser les manches, et cela sans attendre, car le temps est compté. Plus nous attendons pour agir, plus l’addition sera salée (plus il faudra ramer dans les années à venir).

Intérêts particuliers et miroirs aux alouettes

Au delà de la difficulté d’enchainer les 3 messages différents (iceberg, changer de cap et ramer), il faut tenir compte des interlocuteurs. Car ce serait trop simple si tous les intervenants étaient tous parfaitement honnêtes et compétents dans leurs domaines.

- des fois certains peuvent avoir un intérêt économique dans une filière (industriel fabriquant des panneaux solaires, des usines d’agro-carburants, des éoliennes, ...) et ils vont être naturellement tenté de mettre en avant ses solutions en oubliant certains détails (la production d’énergie éolienne est intermittente causant des gros problèmes de continuité de service, la production d’agro-carburants ne pourra jamais fournir une grosse quantité de clients, la production d’électricité solaire a un très mauvais rendement à l’hectare de surface occupée, etc...)
- d’autres intervenants peuvent avoir une vue partielle du problème et oublier que leur solution n’est pas aussi "merveilleuse" qu’elle n’y parait. Un manque de rigueur scientifique ou simplement de compétence technique peu faire oublier que la belle solution pour la planète n’est pas viable à grande échelle, même si à petite échelle, pour un nombre limité d’individus et de cas, elle peu être intéressante, voir très intéressante !

Il ne s’agit donc pas systématiquement de critiquer toute idée ou solution qui est présentée, ni de crier au complot des "méchants industriels" qui cherchent à vendre leurs usines polluantes. Mais bien de réfléchir avec son cerveau et de regarder toutes les facettes du problème et les conséquences de chaque solution. Ainsi par exemple la voiture électrique, semble une solution idéale, merveilleuse sur le papier, car quand elle roule, aucune pollution n’est générée. Mais reste à savoir comment va être produite cette électricité, comment elle va être transportée, stockée. Quels sont les couts (environnementaux) de production des batteries, de leur recyclage, ... . Il faut en fait bien étudier chaque solution « du puits à la roue ». C’est à dire de ce que l’on prend dans la nature (pour produire de l’énergie par exemple) et ce que l’on restitue à la nature (pollution, déchets, ...). L’électricité ne poussant pas dans les arbres (l’hydrogène non plus), il nous faut donc étudier comment nous allons la produire, la transporter, pour voir si la chaine de production est complètement verte.

Faut-il freiner lorsque l’on est dans une grande descente ?

Prenons un petit exemple imagée, qui n’a rien à voire avec l’environnement, mais qui peut être parlant : un cycliste descend une forte pente à grande vitesse sur son deux roues lors qu’il se rend compte que la route (ou le chemin) est barré par un énorme rocher qui bloque totalement le passage. Imaginons que chaque membre du corps se met à réfléchir au problème, et aux solutions. Nous aurions alors le débat suivant :

- le cerveau commande aux mains de se porter sur les freins pour ralentir la vitesse et s’arrêter avant l’obstacle.
- les mains s’exécutent, mais après quelques seconde, face à l’effort important (le freins sont peut être un peu grippés), et la douleur vive, refusent de continuer et relâchent les freins.
- le cerveau essai d’argumenter disant qu’il va y avoir impacte, chute, et blessure sur tout le corps (à commencer par la tête d’ailleurs).
- les mains répondent qu’il n’est pas certains que le corps va être blessé, la roue avant pouvant très bien amortir l’impact, comme elle amortie les chocs de la route. Et que de toute façon, les mains ne peuvent à la fois contrôler la direction du vélo et freiner en même temps, il y a un fort risque de chute avant même d’atteindre le dit rocher (« faites un essai dans un chemin caillouteux avec une forte pente, vous verrez comme c’est dur pour les mains ! »)
- Les hanches elles contestent l’existence du rocher disant que les yeux ont pus se tromper. Attendons d’être plus près pour juger du problème !
- le torse propose de résoudre le problème de vitesse en agissant comme un aéro-frein : il suffit que le cycliste se redresse et écarte les bras et le mains pour assurer la meilleur prise au vent, ainsi la vitesse diminuera naturellement. Et cela soulagera les mains qui souffrent actuellement sur le guidon !
- les jambes proposent d’utiliser les pieds pour frotter sur le sol, assurant ainsi une perte d’énergie, et donc une réduction de vitesse
- les pieds refusent catégoriquement indiquant ,à juste titre, que cela va user leurs chaussures, et provoquer des échauffements très douloureux. Après cela ils ne pourront plus pédaler.

Et pendant cette belle pagaille, où tous les membres se disputent, chacun avec sa solution, le vélo continu de descendre et de prendre de la vitesse. Le rocher se rapproche. Si l’on regarde bien, quelque part, tout le monde à raison, et tout le monde à tord à la fois ! Même les mains qui disent qu’il n’y a pas de preuve que le choc à venir va causer des blessures. En effet, une chute ou un choc peut très bien se révéler sans conséquences (graves), il y a toujours des exceptions, des miracles. Il faut attendre pour voir, pour être sûr !. Mais une fois que le choc s’est produit, il est trop tard pour l’éviter, et il ne reste qu’à réparer !

C’est exactement la même chose pour le changement climatique et tous les problèmes écologiques. Nous ne serons parfaitement sûr des conséquences qu’une fois les évènements survenus. Mais il sera trop tard ! nous ne pourrons plus revenir en arrière. Nous ne disposons pas d’une seconde, d’une troisième, ou d’une nième Terre pour faire des essais, des tests et vérifier la réalité et les conséquences d’un changement climatique, ou simplement rejouer un scénario de la "civilisation industrielle humaine".

Nous devons donc prendre nos responsabilité (c’est à dire “apporter une réponse”), et agir : freiner pour éviter, ou au moins amortir l’impacte. Après il ne nous restera plus qu’à assumer les conséquences !

Le grand obstacle au changement : nous même !

Le changement : le mot magique que nous promettent tous les politiques à chaque élection. Il nous faut changer nos modes de vie. Comment ? à nous de choisir !. Ce n’est pas aux décideurs politiques, ou aux industriels de mettre en oeuvre ce changement, mais bien à nous même ! C’est notre liberté, c’est notre responsabilité. Nous pouvons le faire, nous en avons les moyens. Mais il est toujours difficile de quitter son nid douillet (même s’il est inconfortable) pour aller vers l’inconnu (ce que l’on ne connait pas encore). Ce qui nous en empêche, à travers toutes les bonnes excuses, et les mauvaises raison ... c’est nous même, notre immobilisme.

Alors ... let’s go ! en avant !

Nous, et nos contradictions

Voici un texte publiée par Christian Marget sur la liste de diffusion spéléologique française. Que je publie ici avec son aimable autorisation.

[...] Redevenons sérieux, prenons un peu de distance et examinons cette question de la cohérence entre les prises de position "écolo" et les actes.

Nous vivons dans un monde qui s’est construit généralement sans nous demander notre avis, ou sans qu’on nous informe suffisamment sur les
conséquences de nos décisions. Il suffit que les nuisances soient
suffisamment éloignées des bénéficiaires pour leur donner l’illusion
que les avantages prédominent. Ainsi, on trouve scandaleux le nombre
de chômeurs en France et les conditions de vie ouvrière en Chine mais
on achète chinois parce que c’est moins cher. Il suffit que le lien
entre tous ces faits soit suffisamment flou pour étouffer notre
mauvaise conscience, surtout qu’on trouve toujours pire que soi-même.

En schématisant, nous avons deux options : soit continuer à exploiter
et polluer pour maintenir notre train de vie, soit admettre que nous
abusons et accepter de revenir en arrière. Ce que les crétins
simplistes résument par "le nucléaire ou la bougie", comme s’il n’y
avait rien entre ces deux extrêmes. Le premier cas est le plus
confortable (sauf moralement, d’où la nécessité de se trouver de
bonnes excuses) et c’est aussi celui qui mène le plus surement
l’humanité à la catastrophe, mais tant que celle-ci semble lointaine
on peut garder bonne conscience et espérer s’en sortir. Le deuxième
cas, revenir sur nos acquis, est le plus douloureux car il faut
renoncer à une part de son confort et de ses rêves,

- comme savoir s’arrêter de boire alors qu’on a un verre dans le
cornet et qu’on en prendrait bien un deuxième pour prolonger l’ébriété
- comme prendre son vélo pour aller faire une course à 500 m alors que
ça caille et qu’on préfèrerait être bien au chaud dans une bagnole
- comme renoncer à étendre du lisier sur ses cultures alors qu’on en a
12 tonnes à faire disparaitre, que ça va couter un max à recycler et
qu’on a déjà du mal à payer les traites de la porcherie
- comme quitter sa famille en pleine veille de Noël parce qu’on vient
d’être alerté que 3 spéléologues sont coincés par une crue [NDLR : pour des sauveteurs bénévoles de la Fédération Françaises de Spéléologie amenés à intervenir dans le secours]...

Nous sommes tous à des degrés divers pris entre ces deux tendances :
d’un côté le plaisir, le confort et l’égoïsme, de l’autre la raison,
la solidarité et leur lot de renoncements. Personne n’est totalement
d’un côté ou de l’autre, en tout cas pas dans la communauté spéléo
française car ça se saurait (même si on observe des prises de position
assez opposées des unes aux autres).

La prise de conscience écologique n’a rien d’un refuge cotonneux pour
bobos, c’est même plutôt anxiogène : comprendre peu à peu toutes les
conséquences négatives des actes les plus banals, se sentir pris entre
cette perspective déprimante, culpabilisante, et l’impossibilité où
l’on est de tout laisser tomber du jour au lendemain, parce qu’on a
une famille à nourrir, parce qu’on ne veut pas passer l’hiver dans une
maison à 10°C, parce que les parents ou le frangin habitent à 700
bornes et qu’on a envie de les voir de temps en temps, parce que ce
foutu ordinateur est bien pratique pour gérer le club, faire des topos
ou écrire ce qu’on pense...

Mettre ses actes et son train de vie en accord avec ses convictions,
dans une société construite sur un modèle ultra-consumériste et
énergivore, ça n’a rien d’évident. L’argumentaire en début de message
sur la consommation électrique des TGV illustre bien la complexité du
problème pour peu qu’on regarde les choses en face : si au lieu d’une
réponse-pirouette j’avais argumenté et développé tous les aspects de
la question, ce message, déjà fort long, l’aurait été 3 fois plus.
Foin des discours grenellesques sur le développement du rab’ (=
consommer toujours plus), notre société est conçue pour nous obliger à utiliser les dispositifs énergivores et polluants qu’elle a mis en
place. Si on refuse tout en bloc on se marginalise complètement et on
passe au mieux pour un illuminé, au pire pour un asocial.

Pris dans ce contexte, on se retrouve confronté à ses propres
contradictions et elles sont parfois énormes. Alors bien sûr, c’est du
pain béni pour les détracteurs de jouer sur ces contradictions. Ça ne
veut pas dire pour autant que les convictions soient erronées, juste
qu’on n’est pas encore prêt à aller jusqu’au bout parce que ça fait
peur. Quand on est coincé en haut d’un immeuble en flammes, ça fout la trouille de sauter dans la bâche tendue par les pompiers, le petit
rond qu’on voit tout en bas. Pourtant c’est la seule façon de s’en sortir...

Quel rapport avec la spéléo ? Il y en a plein, je n’en citerai qu’un :
sous terre, on se débrouille avec ses bras, ses guiboles et ses sacs.
Ça paraîtrait incongru d’installer des ascenseurs, des tapis roulants,
des garde-corps... et de se déplacer dans les plus grandes galeries
avec des 4x4 puants et pétaradants. Nous trouvons ça naturel et nous en tirons même une certaine fierté même si parfois on en ch... Voilà une
approche de ce que peut être une vie moins gaspilleuse, beaucoup moins confortable mais tout-à-fait possible. La simplicité volontaire se
heurte à autant d’incompréhension chez la plupart des gens que la pratique de la spéléologie.

P.-S.

Sources :
- les 3 messages de l’écologie : intervention d’Alain Liepietz lors des Semaines Sociales de France en 2007 à Paris.
- liste de diffusion des spéléologues français, mail de Christian Marget.