Rien à craindre J’m’en fou, j’ai rien à cacher

, par MiKaël Navarro   submit to reddit

Même si elle met en danger les libertés individuelles, beaucoup estiment que la surveillance serait « justifiée » à des fin de lutte contre le terrorisme, notamment.

Toutefois les gens sont majoritairement inquiets par rapport à la collecte de leurs données, mais semblent résignés…

Un constat

Sans faire attention, il est facile de mettre à disposition inconsciemment ses données personnelles. Il suffit de « se googliser » pour savoir ce qu’il ressort de votre nom et prénom (profils sur les réseaux sociaux, commentaires sur des blogs, messages sur des forums, vidéos partagées sur Youtube, …).

Gérer cette « e-réputation » est déjà un début, mais que faire contre les systèmes de surveillance à grande échelle ? En plus des régies publicitaires, des sociétés de marketing, de pirates, … on sait maintenant qu’il faut faire face aux agences de surveillance gouvernementales !
L’après Swoden (2013) a été riche en révélations par rapport à ça…

On apprend en 2014 que GCHQ (Governement Communications Headquarters), une agence de surveillance britanique interceptait et stockait des images issues de conversations vidéos d’utilisateurs de Yahoo. Ce programme concernait par moins d’1,8 millions de comptes dans le monde. Le but était d’expérimenter la reconnaissance faciale.
Que penser alors des programmes chinois sur la reconnaissance faciale ?

Le travail des agences américaines et britaniques ne s’arrêtent pas là… On a appris également que des MMORPG tels que World of Warcraft ou encore Second Life ont été infiltrés. De même le plateforme de jeu en ligne Xbox Live est surveillée par crainte que des terroristes n’utilisent ce dernier pour planifier de futurs actions.
La NSA et consorts se sont aussi interressés au applications mobiles, Angry Birds et Google Maps auraient été concernés.

Les exemples sont nombreux…

Et pour justifier leurs collectes certains n’hésitent pas à dire / à nous persuader :

« De quoi les gens ont-ils peur ? Quel est le problème ? Faites-vous quelque chose que vous n’êtes pas censés faire ? »

Réaction de l’ancien sénateur américain Trent Lott, leader de la majorité républicaine, lors de discussions sur le programme MAINWAY (une énorme base de donnée de la NSA contenant les métadonnées de centaines de milliards d’appels téléphoniques aux USA).

En 2009, Eric Schmidt, à l’époque PDG de Google, déclarait aussi sur ce sujet :

« Je pense qu’il faut faire preuve de jugeote. S’il y a quelque chose que vous faites et que personne ne doit savoir, peut-être qu’il faudrait ne pas le faire en premier lieu. Si vous avez besoin qu’on respecte à ce point votre vie privée, le fait est que les moteurs de recherche — y compris Google — enregistrent et conservent des informations pendant un certain temps. Il faut bien réaliser que nous, aux USA, sommes soumis au Patriot Act et donc qu’il est possible que toutes ces informations soient mises à la disposition des autorités à leur demande. »

Alors mais pourquoi se protéger ?

Pour certains, la protection des données personelles est une évidence. Mais pour d’autres c’est « je n’ai rien à cacher » ou « c’est trop tard ».

« Vous êtes parano ! De quoi avoir peur, je n’ai rien à me reprocher ? »

Sous couvert de lutte contre les violences conjugales, accepteriez-vous alors qu’on mette une caméra dans votre chambre ou votre salle de bain ?
Ou qu’on lise votre courier ou qu’on écoute vos conversations téléphoniques ? Au cas où vous seriez un terroriste…

Si vous n’avez rien à cacher, donnez-moi les identifiants / mots de passe de vos comptes Google, Facebook, mail, … ! Étonnant, user de cet argument n’a pourtant jamais marché. Ça doit pas être la bonne méthode ;)

Évidemment ces questions dérangent, nous avons tous une sphère d’intimité.

On a tous (oui, je dis bien tous !) de vielles casseroles qui traînent dans le fond d’un tirroir…

« Personne ne prend le temps d’analyser ces données sur moi, elles sont tout à fait inutiles. »

Sachez-le, stocker des données est enfantin, et les analyser l’est tout aussi. Avec l’avènement des Bigdata, un ou deux mots clefs, par regroupement, indiquent que votre petite cousine a déjà appelé son ex-belle-mère qui s’avère être une terroriste intégriste ! Ce n’est là qu’un exemple simpliste, mais savez-vous qu’il faut 4 à 6 niveaux de ralations pour être lié avec n’importe qui sur la planète.

Savez-vous que vos mots clefs de recherche et vos centre d’intérêt, par exemple, sont inestimables pour certaines industries marchandes ?
Moi ça ne me plaît pas d’être utilisée comme une vache à lait. Et vous ?

« D’accord, c’est trop tard, on est fiché depuis des années, on ne peut plus se protéger. »

Oui « ils » ont déjà porté atteinte à notre vie privée, que faire alors ?
Continuer à disseminer nos informations ? Pourquoi s’arrêter ?

Nous avons encore le choix, cela passe par un changement d’habitudes.

Apprenons à nos enfants à ne pas confier des données intimes sur un questionnaire, à leur faire prendre conscience qu’un simple post sur un réseau social peut remonter à la surface 10 ou 20 ans après. Le but n’est pas de les rendre paranoïaques, mais plutôt de les rendre prudent dans l’usage du monde libre d’Internet comme dans la vie courante…

Les moyens d’action ne manquent pas, même s’ils nous paraissent encore difficiles d’accès. Restons alertes, informons-nous et tâchons d’éveiller quelques consciences…

La protection des données est devenu suspicieuse, « il cherche à se protéger à tout prix, il doit avoir des choses inavouables à cacher ». Il faut renverser ces clichés, communiquons simplement…

Mais ça va plus loin…

Il est important de garder une aire privée, se savoir surveillé c’est s’auto-censurer.

Comment alors aurions-nous pu avancer sur des sujets tels que l’abolition de l’esclavage, de la peine de mort ou du droit de vote des femmes… ?

Il faut bien prendre conscience que les mesures prises aujourd’hui par un gouvernement présumé démocratique sera hérité par le suivant, on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait…

Et que dire justement d’un état démocratique qui, sous couvert de sécurité, surveille sa propre population ? N’est-ce pas le peuple qui doit surveiller l’état ? Pourquoi les membres de cet état juissent d’exceptions à cette surveillance ? Pour secret d’état ? On est là pas très loin d’un état policier !

Je conclue en citant un extrait du live donné en 2016 par Edward Snowden en direct de Moscou :

« Dire que la vie privée ne vous intéresse pas parce que vous n’avez "rien à cacher", c’est comme dire que la liberté d’expression est inutile, parce que vous n’avez "rien à dire".
Car, même si vous n’utilisez pas vos propres droits aujourd’hui, d’autres en on besoin.
Dire que vos droits ne vous intéressent pas parce que vous n’en faites pas l’usage, est la chose la plus asociale que vous puissiez dire. Cela revient à dire : "les autres ne m’intéressent pas".
Particulièrement si vous occupez une place privilégiée. Si vous êtes vieux, riche et blanc, tout en haut de la pyramide sociale, alors la loi et les droits vous importent peu, parce que la société est destinée pour servir vos intérêts. Ce sont toujours les minorités qui sont les plus à risque. »